Le meilleur puncheur actuel

La plupart des cyclistes, amateurs ou non, serrent les dents et s’apprêtent à passer un moment difficile à la vue d’un panneau annonçant des pourcentages qui frôlent les 20%. Mais pas les puncheurs. Cette catégorie à part se régalent des pentes les plus pentues qui se dressent sur leur passage telles une muraille infranchissable. La simple évocation du terrible Mur de Huy allume une étincelle dans leurs yeux et ils excellent dans les efforts courts et très violents dès que la route se cabre. Voici mon top 5 des meilleurs puncheurs actuels.

Mentions honorables :

Alejandro Valverde : Vraiment ? L’ex champion du monde n’est même pas dans les cinq meilleurs puncheurs du monde ? Pourtant il possède un palmarès extraordinaire : champion du monde 2019 donc, Tour d’Espagne 2009, 4 Liège-Bastogne-Liège, 5 Flèche Wallonne, de multiples victoires sur des courses d’une semaine et presque autant de podiums sur les Grands Tours. Mais l’espagnol est âgé, même très âgé pour un sportif de haut niveau. 39 ans. Et mine de rien le poids des années commence à le rattraper. Sa saison 2019 a été assez terne avec beaucoup de places d’honneur (dont une inattendue 8ème place sur le Tour des Flandres) mais quand même un titre de champion d’Espagne et une 2ème place au classement général du Tour d’Espagne pour rappeler à tous qu’il est toujours présent. Alors oui Valverde est un coureur d’exception qui ne fait pas son âge et qui a été pendant de très longues années le meilleur puncheur du monde mais j’ai préféré mettre ici en avant des coureurs plus jeune qui incarnent la relève et qui sont prêt à marcher dans les pas de l’immense champion espagnol.

5. Alexey Lutsenko :

Ni Yates, ni Roglic, ni une double chute n’auront pu priver Alexey Lutsenko de la victoire sur cette étape de Tirreno-Adriatico.

On commence avec un garçon assez méconnu. Le Kazakh n’est pas très souvent cité quand on parle des meilleurs puncheurs du monde. Et pourtant le garçon a du talent. Et pas qu’un peu. Outre ses multiples titres de champion national et d’Asie, Alexey Lutsenko possède un palmarès dont il n’a pas à rougir.

Champion du monde espoir (après avoir dompté les nombreuse ascensions du Cauberg ainsi que Bryan Coquard ou encore Esteban Chavès), vainqueur de la 8ème étape du Tour de Suisse 2015 et de la 5ème étape du Tour d’Espagne 2017 le jeune kazakh monte en puissance au fil des saisons.

Mais c’est véritablement sur le tour d’Oman 2018 qu’il se fait sa place parmi les meilleurs spécialistes en remportant le général devant son coéquipier Miguel Angel Lopez, et il fait encore plus fort l’année suivante en ajoutant 3 étapes au classement général qu’il remporte une nouvelle fois.

Sa victoire sur le classement général de l’Artic Race of Norway mérite également d’être citée mais sa victoire sur la 4ème étape de Tirreno-Adriatico est sans plus sa plus marquante : après avoir distancé des coureurs comme Van Avermaet ou Alaphilippe à 30 km de l’arrivée la victoire lui semblait promise jusqu’à une chute à un peu plus de 10 kilomètres de l’arrivée. Loin de se décourager, le Kazakh repart de plus belle et compte encore une dizaine de secondes d’avance à 2 kilomètres de l’arrivée. Et là rebelote : nouvelle chute. Et ses poursuivants le rattrapent tout près du but. On pense alors que Lutsenko vient de se priver lui-même d’une très belle victoire mais c’est mal connaître le bonhomme. Au prix d’un sprint haletant il remporte l’étape devant Roglic, Yates et Fulgsang. Une victoire au caractère et bien méritée !

Encore méconnu du grand public Alexey Lutsenko n’en est pas moins un puncheur redoutable qui a encore du temps devant lui pour étoffer son palmarès. Ne vous étonnez pas s’il finit sa carrière avec une Flèche Wallonne, un Strade Bianche voire même un Monument dans son armoire à trophée.

4. Jakob Fuglsang :

Jakob Fulsang tient enfin sa victoire sur Liège-Bastogne-Liège. Plus de Julian Alaphilippe pour gâcher la fête, le Danois peut savourer une victoire bien méritée.

Et on enchaîne avec un coéquipier du coureur qu’il précède dans ce classement. A 35 ans Fuglsang semble être à son apogée cycliste et il n’a jamais semblé aussi fort. D’abord surtout connu pour ses qualités de grimpeur le Danois s’est doucement tourné vers efforts plus courts et intenses.

Rouleur très correct pendant la première partie de sa carrière et grimpeur aguerri comme peuvent en témoigner ses nombreux tops 10 sur des courses d’une semaine (également deux fois vainqueur du Critérium du Dauphiné), Fuglsang rêve tout d’abord de briller sur les Grands Tours. Mais il a souvent dû cohabiter avec des coureurs de grands talents (les frères Schleck chez Saxo-Bank puis Léopard-Trek, Fabio Aru et Vincenzo Nibali chez Astana) et il a souvent été obligé de mettre ses ambitions personnelles au placard pour épauler ses leaders. Et lorsqu’il avait enfin le rôle qu’il convoitait il n’a jamais été en mesure de l’assumer pleinement que ce soit à cause de chutes ou tout simplement à cause d’une adversité trop relevée.

Sa reconversion vers les courses d’un jour date sans doute du 6 Août 2016. Ce jour-là il réalise une course parfaite en domptant les bosses qui jalonnent le parcours des Jeux Olympiques et ne doit s’incliner que face à un Van Avermaet beaucoup trop rapide pour lui. Mais à partir de là Jakob Fuglsang va enchaîner les bons résultats dans les classiques vallonnées (8ème de l’Amstel Gold Race et 10ème de Liège-Bastogne-Liège en 2018) et notamment en 2019 où il livre une trilogie d’anthologie face à Julian Alaphilippe : tout d’abord sur les Strade Bianche où il est le seul à pouvoir suivre le Français sur les chemins pierreux mais doit s’incliner au sprint ; puis sur l’Amstel Gold Race où face à la probabilité que le même scénario se répète il refuse de rouler et laisse Mathieu Van der Poel s’adjuger une victoire qui semblait promise au Français ou au Danois ; et enfin sur la Flèche Wallonne où il doit une nouvelle fois céder, toujours face à Alaphilippe, à l’issue d’un final époustouflant. Mais ce n’est que partie remise car le dimanche suivant il remporte Liège-Bastogne-Liège à l’issue d’une nouvelle démonstration de force.

Sa magnifique campagne ardennaise 2019 où il aura fini sur le podium des trois courses installe définitivement le Danois dans les grands puncheurs du peloton. D’abord réputé pour ses talents de grimpeurs Jakob Fuglsang a su, avec grand succès, se transformer en un puncheur redoutable.

3. Michal Kwiatkowski :

Final de légende et arrivée très serrée sur Milan-San-Remo 2017. Mais c’est bien Michal Kwiatkowski qui remporte la course pour quelques centimètres. Essaie encore Peter !

Dans les catégories de jeunes il était le plus fort. Plus fort même qu’un certain Peter Sagan. Et les deux coureurs étaient bien plus forts que tous leurs autres adversaires. Ces courses se résumaient donc souvent à un duel slovaquo-polonais. Un duel qui se poursuit encore aujourd’hui.


D’un côté le fantasque Sagan, star incontestée et incontestable du peloton, au palmarès gigantesque et à la popularité immense. De l’autre le taiseux Kwiatkowski, pourtant au moins aussi talentueux que son compère de longue date, mais beaucoup moins attiré par la lumière. Car à force de voir le Polonais faire docilement l’équipier sur le Tour de France on en oublie un peu trop vite l’immense champion qu’il est.

Et puis surtout qu’il est l’un des coureurs les plus complets du peloton : capable de dompter les bosses de Ponferrada pour devenir champion du monde à 24 ans ou par deux fois les terribles routes non asphaltées des Strade Bianche (en déposant au passage Peter Sagan), de régler au sprint des Valverde ou des Mathews sur l’Amstel Gold Race 2015, de se défaire de Sagan et de Cancellara sur le plat au GPE3 2016, de remporter Tirreno-Adriatico et de finir à plusieurs reprises sur le podium de Paris-Nice et de sortir des très bon contre-la-montre (4ème des derniers championnats du monde de la spécialité)…

Mais sa victoire la plus marquante est sans aucun doute Milan-San-Remo 2017. Après avoir réussi à suivre l’attaque pleine de panache de Peter Sagan dans le Poggio, il se retrouve dans un sprint à trois avec Sagan et Alaphilippe. Un plateau royal, peut-être même ce qui se fait de mieux dans le monde, et trois coureurs avec une vraie pointe de vitesse même si Sagan est bien évidemment le plus rapide sur le papier. Mais voilà Michal Kwiatkowski va faire parler toute son intelligence en se laissant décrocher de la roue du Slovaque avant de profiter de l’aspiration de celui-ci pour le sauter sur la ligne et résister au retour du Français. Ce jour-là Kwiatkowski bat tout simplement le meilleur coureur du monde et le meilleur puncheur du monde. Dès lors impossible de douter du talent du Polonais.

Coureur assez sous-estimé, en raison de son comportement réservé, Michal Kwiatkowski possède pourtant un palmarès très bien garni. A l’aise partout le Polonais peut aussi bien briller sur les pavés, au sprint, en contre-la-montre voire même en haute montagne et bien évidement sur les bosses courtes et pentues. Au meilleur de sa forme très peu de coureurs peuvent le battre sur des arrivées de ce type. Voilà pourquoi le Polonais est tout simplement l’un des trois meilleurs puncheurs du monde.

2. Mathieu Van der Poel :

29 ans après son père Mathieu Van der Poel remporte à son tour l’Amstel Gold Race. De quoi rendre fier son grand-père Raymond Poulidor

Pas besoin d’argumenter très longtemps : Mathieu Van der Poel est déjà l’un des coureurs les plus craints du peloton. Si le Néerlandais ne nous éclabousse de son talent sur le route que depuis peu, son archi-domination sur les cyclo-cross ne laissait déjà absolument aucun doute sur ses qualités. Il est vrai que la génétique a été quelque peu clémente avec Mathieu (et son frère David également professionnel) car son père est Adrie Van der Poel (vainqueur du Tour des Flandres, de l’Amstel Gold Race, de Liège-Bastogne-Liège et du championnat du monde de cyclo-cross) et son grand-père n’est autre que l’illustre Raymond Poulidor. Autant dire que dans la famille il n’y a que des champions.

Et on ne devient pas champion du monde de cyclo-cross à 20 ans par hasard. Avec son dauphin cette année-là, Wout Van Aert, les deux coureurs règnent sur la discipline depuis 2015 se partageant les titres mondiaux (3 chacun). Et ce n’est pas une surprise si les deux garçons ont parfaitement réussit leur passage sur route. Car le cyclo-cross est une discipline où l’explosivité, les efforts violents et les relances sont des éléments essentiels, tous les éléments requis pour être un très bon puncheur finalement.

Si Wout Van Aert semble plus attiré par les classiques pavées, pour Mathieu Van Der Poel le choix est évident : les classiques ardennaises sont taillées pour lui. Puncheur à l’explosivité incroyable il peut tout aussi bien se défaire de ses adversaires et finir en solitaire ou battre des sprinteurs pourtant très rapides en cas d’arrivées groupées (Bouhanni, Mathews ou Trentin peuvent en témoigner).

Son premier succès vraiment marquant sur route remonte sans doute à la Flèche Brabançonne 2019 car il se paye le luxe de remporter cette course devant Julian Alaphilippe, autant dire ce qui se fait de mieux au monde dans le domaine. Et quatre jours plus tard nous allons avoir le droit à une démonstration extraordinaire du petit prodige. Alors qu’Alaphilippe et Fulgsang semblaient avoir course gagnée, Michal Kwiatkowski mais surtout Mathieu Van der Poel réussissaient à ramener un groupe d’une dizaine de coureurs sur le duo. Et au terme d’un sprint interminable c’est le Néerlandais qui remportait sa première grande classique. Et cette victoire est d’autant plus impressionnant que ce jour-là Mathieu Van der Poel a couru n’importe comment tactiquement ce qui montre que physiquement il était très largement au-dessus de ses adversaires.

Et il l’est toujours comme en témoigne sa razzia sur le Tour de Grande-Bretagne où il écœure littéralement un Matteo Trentin pourtant très en forme. Ces deux hommes se retrouveront une nouvelle fois dans le final du mondial anglais disputé dans des conditions climatiques apocalyptiques et cette-fois l’Italien se montrera plus à son avantage (vice-champion du monde) que le Néerlandais (qui était dans le groupe de 5 se disputant la victoire avant de totalement se ranger sur le bord de la route).

Monstre de polyvalence Mathieu Van der Poel est sans doute le seul coureur capable d’être champion du monde sur route, en VTT et en cyclo-cross. C’est dire l’immense talent du Néerlandais. Ses qualités d’explosivité sont redoutables et il possède une très bonne pointe de vitesse. Dès lors il a toutes les cartes en mains pour remporter toutes les plus grandes courses du calendrier cycliste, du Tour des Flandres au Tour de Lombardie en passant par Milan-San-Remo et pourquoi pas Paris-Roubaix. Attention toutefois à la pancarte qu’il a désormais en permanence sur le dos et qui pourrait réduire sa marge de manœuvre. Mais connaissant le Néerlandais pas sûr que la pression l’atteigne vraiment et il semble parti pour dominer le cyclisme pendant de longues années.

1. Julian Alaphilippe :

Cette fois c’est la bonne ! Pas de Valverde pour empêcher Alaphilippe de dompter le terrible mur de Huy.

Faut-il vraiment justifier la place de Julian Alaphilippe en tant que numéro 1 du classement des meilleurs puncheurs ? Pas sûr tant le Français éclabousse le monde du cyclisme de son talent depuis maintenant quelques années.

Comme beaucoup de coureurs qu’il devance dans ce classement, sa pratique du cyclo-cross et du VTT a permis au Montluçonnais de développer des qualités redoutables dans les efforts courts et violents. Tout d’abord dauphin émérite d’Alejandro Valverde sur les classiques ardennaises, de Vincenzo Nibali sur le Tour de Lombardie et de Sagan et Kwiatkowski sur Milan-San-Remo, Julian Alaphilippe a su se mettre à gagner sur tout les terrains, de toutes les manières et dans tous les pays : en contre-la-montre sur Paris-Nice et le Tour de France, à l’issue d’une échappée sur le Tour d’Espagne et le Critérium du Dauphiné, en parfait puncheur sur le Tour du Pays Basque et sur l’Amstel Gold Race, au sprint sur Tirreno-Adriatico (devant Viviani et Sagan tout de même) ou en réglant un groupe de costaud sur Milan-San-Remo (avec le même Sagan, Valverde, Kwiatkowski, Trentin, Van Aert…)

On ne gagne pas deux fois l’Amstel Gold Race sans être un formidable puncheur et sa victoire sur les Strade Bianche 2019 a une nouvelle fois prouvé tout son talent. Et même la haute montagne ne lui fait pas peur comme il l’a brillamment prouvé sur le dernier Tour de France en finissant 2ème au sommet du Tourmalet et en s’accrochant aux meilleurs dans les terribles cols des Alpes et des Pyrénées. Rien ne semble pouvoir résister au talent du coureur français capable donc de distancer ses adversaires dans les pourcentages les plus terribles, de les battre au sprint, de remporter des contre-la-montre ou encore de suivre les meilleurs dans les cols les plus longs et hauts perchés.

Plus fin tactiquement qu’à ses début, le puncheur français est quasiment imbattable dans les efforts courts et très intenses. En plus des courses qu’il a déjà gagné et qu’il peut collectionner (Milan-San-Remo, Strade Bianche, Amstel Gold Race) il paraît évident qu’un Tour de Lombardie ou qu’un Liège-Bastogne-Liège ne lui résisteront pas très longtemps. Et Julian Alaphilippe ne se limite pas à ces course car il a récemment déclaré que le Tour des Flandres l’intéressait également. Sans oublier les courses d’une semaine comme Paris-Nice qu’il est capable de remporter. Pas la peine de chercher très loin : le meilleur puncheur du monde est français et il s’appelle Julian Alaphilippe.

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