Le meilleur sprinteur actuel

Place aux grosses cuisses, aux coureurs qui ne vivent que pour les deux cents derniers mètres d’une course, à ces purs-sangs capables d’atteindre des vitesses stratosphériques, j’ai nommé les as de la vitesse : les sprinteurs.

Sans doute le classement le plus compliqué à établir tant la densité de sprinteurs de très haut niveau est élevé. Fini le temps des Mark Cavendish ou des Marcel Kittel dominant outrageusement la concurrence. Ce classement est d’autant plus compliqué à réaliser qu’un sprint réussi dépend d’énormément de facteurs (un bon train, un bon placement, le sens et la force du vent, le dénivelé et la technicité de l’arrivée, la distance de la course…) et que les meilleurs ne se croisent que rarement tout au long de la saison. Pour établir ce classement je vais donc prendre en compte : le palmarès du coureur, les adversaires qu’il a battu, sa capacité à se débrouiller seul ou encore sa capacité à répondre présent le jour J.

Mentions honorables :

Pascal Ackermann : L’Allemand a été formé à l’école de la piste où il brille chez les jeunes (champion du monde de vitesse par équipe junior et champion d’Europe de l’omnium) tout en menant une carrière sur route (champion d’Allemagne espoirs et vice-champion du monde espoirs). En 2018 il se fait un nom en remportant au sprint une étape du Tour de Romandie et du Critérium du Dauphiné, le championnat d’Allemagne en devançant Greipel et Degenkolb notamment, la RideLondon-Surrey-Classic, deux étapes sur le tour de Pologne, la Brussels Cycling Classic et le Grand Prix de Fourmies. Il continue d’engranger des succès l’année suivante (Classica de Almeria, Eschborn-Francfort, Grand Prix de Fourmies, Bredene Koksijde Classic, Gooikse Pijl, une étape du Tour de Slovénie et du Tour d’Allemagne, deux étapes du Tour de Pologne et du Tour du Guangxi) mais se signale surtout en remportant deux étapes et le maillot de meilleur sprinteur du Tour d’Italie (bien aidé par le génie tactique d’Arnaud Démare) et obtient la médaille de bronze d’un très beau championnat d’Europe. Avant l’interruption de la saison 2020 il comptait déjà deux victoires et nul doute qu’il aurait continué d’engranger des victoires. Souvent vainqueur et ayant battu tous les cadors du sprint au cours de ces deux dernières années l’Allemand de la Bora s’est affirmé comme un sprinteur qui compte. Il devra maintenant confirmer au plus niveau notamment sur le Tour de France où il ne s’est jamais aventuré et où la concurrence est extrêmement féroce.

Alvaro Hodeg : Le Colombien est encore très jeune (23 ans) mais il commence déjà à se faire une place dans la caste des grands sprinteurs. Il a notamment devancé Sam Bennet sur le Tour de Catalogne et le BinckBank Tour, Pascal Ackermann sur la Handzame Classique, le Tour d’Allemagne ou encore la Münster Classique. Il est désormais attendu à l’échelle supérieure notamment sur les Grands Tours. Mais vu le potentiel du garçon il ne serait pas étonnant de le retrouver très rapidement sur les podium protocolaires à la fin des étapes.

Fabio Jakobsen : Lui aussi est encore jeune mais s’impose petit à petit comme une des valeurs sûres de sa spécialité. Vainqueur d’un étape du Tour de l’Avenir et champion national chez les espoirs ; il gagne, dès sa première année professionnelle, Nokere Koerse, le Grand Prix de l’Escaut, une étape sur le Tour des Fjords, deux sur le Tour de Guangxi mais surtout la 1ère étape du BinckBank Tour en coiffant Kittel, Ewan et Groenewegen. Puis en 2019 il fait le doublé sur le Grand Prix de l’Escaut, remporte une étapes sur le Tour de Californie, sur le Tour de Turquie et sur le Tour de l’Algarve. Mais une nouvelle fois le moment marquant de sa saison arrivera en fin d’année avec deux victoires sur le tour d’Espagne en se payant le luxe de régler Gaviria et Bennett pourtant pas des manches dans l’exercice. Son début de saison 2020 était prometteur avec déjà 3 victoires au compteur. Il incarne la relève du sprint et semble prêt, dès à présent, à prouver ce dont il est capable. Un coureur à suivre assurément.

5. Fernando Gaviria :

Un colombien en jaune c’est aussi rare qu’un français sur la plus haute marche du podium à Paris

Et on commence ce classement des grosses cuisses avec le colombien de la formation Emirates. L’ancien pistard (double champion du monde l’omnium) se fait un nom sur route en battant à deux reprises la légende du sprint Mark Cavendish sur le Tour de San Juan. Ni une ni deux Etixx-Quick Step l’engage dans son écurie. Un choix payant puisque dès sa première année il remporte une étape de Tirreno-Adriatico et Paris-Tours.

Mais c’est sur le Giro 2017 où il explose totalement en remportant quatre étapes au sprint en devançant notamment Sam Bennet, André Greipel ou encore Caleb Ewan, et le maillot de meilleur sprinteur. Il finit la saison avec 12 victoire ce qui en fait l’un des coureurs les plus prolifiques du peloton.

Malgré une chute en début d’année sa saison 2018 est tout autant réussie avec 9 victoires dont deux sur le Tour de France (devant Sagan, Kittel, Kristoff, Groenewegen et Degenkolb) et surtout le port du maillot jaune de leader. Il est seulement le 2ème colombien à être en tête du Tour de France après Victor Hugo Pena en 2003.

Il rejoint UAE Team Emirates pour se débarrasser de la concurrence interne et connaît une saison 2019 mitigée : seulement 6 victoires dont une seule vraiment notable sur le Tour d’Italie (après le déclassement d’Elia Viviani son ancien coéquipier).

Après une nouvelle razzia au Tour de San Juan (3 victoires d’étapes) Fernando Gaviria est malheureusement contaminé par le coronavirus alors qu’il dispute le Tour des Emirats Arabes Unis et après six semaines de quarantaine il est déclaré guéri et il peut enfin rentrer chez lui. Cependant nous ne connaissons pas les traces que peut laisser ce virus dans l’organisme et cela pourrait handicaper le colombien pour la suite de sa carrière.

Coureur racé et encore jeune Fernando Gaviria a su se faire une place dans l’élite des sprinteurs. Sa razzia sur le Giro 2017 et son maillot jaune sur le Tour 2018 prouvent qu’il est capable de briller sur les plus grandes courses du monde. Des nouveaux succès sur les Grands Tours confirmeraient cela mais il faudra voir comment le colombien aura récupéré du Covid-19.

4. Sam Bennett :

Trop fort, trop puissant, trop rapide pour la concurrence.

L’ex-coéquipier de Pascal Ackermann a quitté la Bora pour ne plus avoir à partager les responsabilités avec le sprinteur allemand. Pour cela il a rejoint la Deceunick-Quick Step où il devra s’accommoder d’Alvaro Hodeg et de Fabio Jakobsen. Il est pour l’instant le meilleur sprinteur de sa nouvelle équipe mais cela pourrait vite changer tant le colombien et le néerlandais semblent amenés à briller dans un futur proche.

Il passe professionnel en 2013 et gagne très vite des courses (Clasica dé Almeria, Tour de Cologne, une étape du Tour de Bavière) en imposant sa puissante lors des arrivée groupées. Il continue à gagner des courses hors du circuit World Tour en 2015 et 2016 mais participe surtout à ses deux premiers Tours de France qu’il traverse sans briller (terminant même dernier en 2016).

Il remporte sa première course World Tour à l’issue de la 3ème étape de Paris-Nice 2017 en devançant un plateau très relevé (Kittel, Kristoff, Matthews, Greipel, Démare) avant de remporter deux étapes sur le Tour de Slovénie et du Tour de République Tchèque, le Tour du Münster et quatre étapes du Tour de Turquie face à une adversité moindre.

Mais il prouve sa valeur dès l’année suivante en remportant trois étapes du Giro 2018 (en devançant notamment Elia Viviani) avant d’aller retourner poursuivre sa razzia sur le Tour de Turquie en y raflant trois nouvelles étapes.

En 2019 il se montre à nouveau à son avantage en remportant deux étapes de Paris-Nice mais n’est sélectionné ni pour le Tour d’Italie ni pour le Tour de France, ce qui motivera grandement son départ de l’équipe à la fin de la saison. Il passe ses nerfs sur le BinckBank Tour en y remportant trois étapes mais il remporte surtout deux étapes sur le Tour d’Espagne pour monter son total de victoires à 13.

Son transfert chez Deceunick devrait lui permettre de se présenter en tant que sprinteur unique sur le Tour de France avec une formation redoutable à son service. Sa puissance en fait l’un des sprinteurs les plus rapides du peloton mais Sam Bennett devra prouver qu’il a les épaules pour supporter la pression et remporter les plus grandes courses réservées aux sprinteurs. Mais sa marge d’erreur est faible : en cas de difficultés son équipe pourrait très rapidement le remplacer par une de ses pépites maison.

3. Elia Viviani :

Viviani devançant Yves Lampaert et Audi TT pour s’adjuger le titre de champion d’Europe.

Nous entamons le podium des meilleurs sprinteurs actuels avec l’italien fraîchement débarqué chez les nordistes de Cofidis. Il fait déjà figure d’ancien du haut de ses 31 ans mais ne vous-y trompez pas : Elia Viviani reste un des tout meilleurs coureurs lorsqu’il faut faire parler sa pointe de vitesse.

Pistard de grand talent (champion olympique de l’omnium à Rio, vice-champion du monde du scratch en 2011 et 8 fois champion d’Europe dans 6 disciplines différentes) le transalpin a brillamment réussi sa transition sur route. C’est le moins que l’on puisse dire ! Avec 77 victoires il est l’un des coureurs les plus prolifiques du peloton professionnel.

Dans ses victoires nous pouvons citer une victoire d’étape sur le Critérium du Dauphiné, sur le Tour de Romandie, sur Tirreno-Adriatico et deux sur le Tour de Suisse ainsi qu’un titre de champion d’Italie sur route en 2018 et un titre de champion d’Europe sur route en 2019 à l’issue d’une course où il aura prouvé qu’il pouvait être plus qu’un simple sprinteur. Mais là où le palmarès de l’italien impressionne le plus c’est sur les Grands Tours : cinq victoires sur le Tour d’Italie (et un classement par points), trois sur le Tour d’Espagne et une sur le Tour de France. Il fat donc partie des pas si nombreux coureurs à avoir remporté une étape sur les trois Grands Tours.

Si son transfert chez Cofidis ne s’est pour l’instant pas traduit par une seule victoire (même son frère a gagné plus que lui en 2020) il ne fait aucun doute qu’Elia Viviani reste l’un des meilleurs finisseurs du peloton. Capable de se débrouiller seul pendant l’emballage final il visera en 2020 un Milan-San-Remo et de nouvelles victoires sur les Grands Tours. Et il en est grandement capable.

2. Dylan Groenewegen :

Le V de la victoire ou le 2 pour sa 2ème étape remportée de suite sur le Tour : Gronewegen a l’embarras du choix pour expliquer sa célébration.

Le puissant néerlandais se fraye un passage jusqu’à la 2ème place de ce classement des meilleurs sprinteurs. Lui aussi encore assez jeune il possède déjà un palmarès fourni et de solides références lorsque l’on rentre dans les 200 derniers mètres.

Après une bataille avec d’autre formations c’est finalement l’équipe Roompot qui réussit à attirer dans ses rangs le jeune prodige en 2015. Il justifie cette confiance en remportant deux victoires dès sa 1ère année convainquant l’équipe Lotto NL-Jumbo de lui offrir un contrat au sein de l’élite mondiale.

Et dès le début de l’année 2016 il remporte une étape du Tour de la Communauté de Valence en devançant Nacer Bouhanni, des Trois Jours de La Flandres Occidentale du ZLMT Toer et du Tour du Yorkshire, la Flèche de Heist, le Tour de Cologne mais surtout le championnat des Pays-Bas de cyclisme sur route. Ceint de son maillot de champion national il participe pour la 1ère fois au Tour de France sans lever les bras puis remporte la Arnhem Cyclassics, une étape du Tour de Grande-Bretagne et une autre du Tour de l’Eneco remportant ainsi sa 1ère victoire World Tour devant Bouhanni et Sagan. Il clôt sa saison avec 11 victoires en y rajoutant une étape du Tour de l’Eurométropole en fin de saison.

2017 commence bien pour le néerlandais avec des victoires sur le Tour du Yorkshire, sur le Tour de Norvège et sur le ZLM Toer. Il prend part au Tour de France avec un statut d’outsider sérieux lors des arrivées au sprint. Il tourne autour sans parvenir à conclure notamment à Bergerac et à Pau, avant de finir son Tour en apothéose en remportant l’étape que chaque sprinteur rêve de remporter : celle des Champs-Elysées.

Pourquoi changer les bonnes habitudes ? Groenewegen continue à gagner en 2018 (une étape sur le Dubaï Tour, deux sur le Tour de l’Algarve et trois sur le Tour de Norvège) avant de se présenter au départ du Tour de France 2018 avec un statut de favori pour les arrivées groupées. Il fait honneur à son statut en remportant les 7ème et 8ème étapes devant quasiment tous les meilleurs sprinteurs du monde. Il boucle sa saison 2018 avec le très bon score de 14 victoires.

2019 commence comme les années précédentes et au moment d’aborder le Tour de France il compte déjà dix victoires dont deux en World Tour (deux étapes de Paris-Nice) et est clairement l’un des coureurs les plus cités lors des pronostics d’avant étape de plaine. Malheureusement il rate l’occasion de porter le maillot jaune en chutant près de l’arrivée de la 1ère étape. Qu’à cela ne tienne : il remporte la 7ème étape en imposant toute sa puissance à des coureurs comme Ewan, Sagan ou encore Viviani. A la fin de la saison il réussit l’exploit de faire encore mieux que l’année précédente en remportant 15 victoires. Un chiffre impressionnant illustrant tout le talent du néerlandais.

On ne remporte pas 4 étapes sur le plus grande course du monde par hasard. Et une victoire sur les Champs-Elysées fait immédiatement passer un sprinteur dans une autre catégorie. Dylan Groenewegen n’a déjà plus rien à prouver à personne tant ses victoires parlent pour lui. Il est assurément l’un des tout meilleurs sprinteurs au monde et le rappelle régulièrement en écrasant de sa puissance les sprints.

  1. Caleb Ewan
L’australien n’y croit pas et pourtant il vient bien de remporter l’étape des Champ-Elysées. Le Graal de tout sprinteur.

Changement de style radical avec l’Australien. Fini les grands et puissants sprinteurs, lui rend 15 cm et 20 kilos à quasiment tous ses adversaires du haut de ses 1m65 et 60 kilos. Il a fait de ce gabarit atypique une énorme force notamment à sa position si spéciale, quasiment couché sur son vélo. Pas le fruit du hasard, non : Caleb Ewan a testé cette position en soufflerie avant de l’adopter. Avec succès.

Pour tout vous dire je connais Caleb Ewan depuis très, très longtemps. Depuis 2011 pour être précis. Il avait alors 17 ans. Alors suis-je un visionnaire de génie qui avait détecté le potentiel du garçon lors d’une obscure course australienne ? Pas vraiment non. J’ai découvert l’australien au détour d’un bref article de Vélo Magazine où le journaliste pointait qu’un jeune espoir australien nommé Caleb Ewan était quasiment un homonyme du vainqueur du Tour de France cette année-là : Cadel Evans. Il est assez drôle de constater que presque 10 ans plus tard ce même Caleb Ewan est monté sur le podium où son illustre compatriote reçut le maillot jaune qui marquait sa victoire au général.

Possédant une grosse explosivité et un démarrage fulgurant il se signale très vite avec un titre de vice-champion d’Australie, deux étapes du Herald Sun Tour, deux du Tour du Langkawi et quatre étapes et le général du Tour de Corée. Mais cela reste des victoires à un niveau moindre. C’est pourquoi il décide de remporter la 5ème étape du Tour d’Espagne 2015 devant Sagan et Degenkolb pour montrer qu’à à peine 21 ans il est déjà présent.

L’année suivante il continue d’engranger des succès sur le Tour Down Under, l’Herald Sun Tour, la classique de Hambourg (après le scandaleux déclassement de Nacer Bouhanni) et sur le Tour de Grande-Bretagne.

En 2018 il ne gagne que deux course et n’est pas retenu par son équipe pour le Tour de France alors qu’il en avait fait son grand objectif de la saison. Il passe cependant tout près de remporter Milan-San-Remo en réglant le sprint du peloton mais en échouant à revenir sur Vincenzo Nibali.

2019 est littéralement l’année de la confirmation de son talent au plus haut niveau. Il remporte 11 courses dont deux étapes du Tour d’Italie devant Viviani et Ackermann et trois sur le Tour de France dont la mythique étape des Champs-Elysées devant le gratin du sprint mondial. Une année pareille ne peut qu’être considérée comme extrêmement réussie et l’Australien est désormais une référence dans le cercle des sprinteurs.

Il est, comme la plupart de ses collègues sprinteurs, encore très jeune mais Caleb Ewan sort d’une saison 2019 fantastique où il se sera imposé, selon moi, comme le meilleur sprinteur actuel. Et il n’y a pas de raisons que cela ne continue pas pendant encore de longues années. De plus son style si caractéristiques pourrait lui permettre de devenir l’un des coureurs les plus populaires du peloton. Sans rien perdre de son redoutable finish.

Et pour vous qui est le meilleur sprinteur actuel ? Comme d’habitude vous pouvez donner votre avis en cliquant sur le bouton ci-contre qui vous donnera accès au sondage.

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