Les 4 étapes de Grands Tours les plus légendaires de la décennie.

Ces étapes ont marqué pour longtemps les esprits par leur dramaturgie, émerveillé les spectateurs par leur scénario et sont rentrés dans la légende du sport cycliste. Qu’elles se soient disputés dans des conditions climatiques apocalyptiques ou sous un soleil de plomb ces étapes ont en commun d’avoir chamboulé le classement général du Tour et éliminé de grands favoris. Voici le classement des 4 étapes de légendes de Grands Tours de la décennie.    

4. 7ème étape du Tour d’Italie 2010 : victoire de Cadel Evans :

Etape du Tour d’Italie ou cyclo-cross ? Difficile de trancher à la vue des images.

222 kilomètres en enfer pour le peloton du Tour d’Italie 2010. Lessivé par la pluie incessante, irrité par la boue des Strade Bianche, ces chemins de terre propre à l’Italie, et éprouvé par les pourcentages des difficultés présentes sur le parcours, les coureurs ont vécu une journée particulièrement éprouvante ce 15 mai 2010.

Alors que la pluie rend la chaussé glissante, le maillot rose Vincenzo Nibali goûte le bitume à 35 kilomètres de l’arrivée dans une descente et entraîne avec lui Ivan Basso, Michele Scarponi et Carlos Sastre. Devant on ne les attend pas et très vite un petit groupe comprenant notamment Alexandre Vinokourov, Stefano Garzelli, Cadel Evans et Damiano Cunego se forme et prend le large.

Quelques kilomètres plus loin la principale difficulté du jour, une côte de douze kilomètres avec des pourcentages dépassant les 10%, offre un spectacle magnifique pour les téléspectateurs. Ces derniers assistent à une véritable bataille sur des routes dignes d’un cyclo-cross avec des coureurs maculés de boues s’arc-boutant dans des pentes démentielles. De l’apocalypse émerge un groupe de sept coureurs : l’ancien champion du monde de VTT Cadel Evans, Vinokourov, Cunego, Garzelli, Gadret, Arroyo et Pinotti.

Alors que derrière Scarponi, Basso et Nibali tentent, sans succès, de revenir sur la tête de course, devant Evans et Vinokourov s’attaquent sans relâche. Et ce sont finalement cinq coureurs qui se présentent au pied de la montée finale. Une dernière montée que Cadel Evans avale tête, sans même demander le moindre relai, écrasant les pédales de toute sa puissante. Dans sa roue Damiano Cunego, idéalement placé, pensait sans doute pouvoir crucifier l’Australien et s’offrir une victoire de prestige. Mais c’était sans compter l’incroyable force de Cadel Evans qui, au bout d’un sprint interminable, décolle tous ses rivaux de sa roue pour remporter une étape dantesque devant Cunego et Vinokourov.

Le coureur australien en profite également pour renverser le classement général :  Carlos Sastre, le grand battu du jour, concède plus de cinq minutes tandis que Nibali perd deux minutes sur le groupe de tête. Finalement Ivan Basso remportera le Tour d’Italie deux semaines plus tard, Nibali se classera 3ème et Evans 5ème.

Cette 7ème étape du Giro 2010 nous a offert un spectacle magnifique mais n’a eu finalement que peu d’incidence sur le classement général final, ce qui lui fait perdre quelque place dans ce classement.

3. 17ème étape du Tour d’Espagne 2012 : victoire d’Alberto Contador 

Le Pistolero vise une nouvelle fois dans le mille.

Au départ de la 17ème étape du Tour d’Espagne 2012 Joaquim Rodriguez est en tête du classement général pour la 13ème journée consécutive. Le coureur espagnol, monté sur le podium des trois Grands Tours mais jamais vainqueur final, croit enfin toucher le Graal. Mais Alberto Contador est en embuscade. 13 jours après la fin de sa suspension pour dopage il a pris le départ du Tour d’Espagne bien déterminé à laver son honneur. Et au départ de la 17ème étape il ne compte que 28 secondes de retard sur son compatriote.

Mais il sait qu’il s’agit là de son avant-dernière occasion de renverser la course. Il ne reste que deux étapes où il peut creuser un écart. Et depuis le début la course il n’a jamais réussi à se débarrasser de Rodriguez. Alors il décide d’attaquer là où personne ne l’attend. A plus de 50 kilomètre de l’arrivée le Pistolero dégaine et s’en va dans une entreprise risquée. Tellement risquée que le leader de la course préfère rester sagement dans le peloton en laissant ses coéquipiers faire le travail. Mais tandis que le seul Losada épaule Rodriguez, Contador peut lui compter sur trois équipiers qui l’emmènent jusqu’au pied de la dernière difficulté où il se présente avec deux minutes d’avance.

Derrière Valverde crucifie un Rodriguez en perdition et se lance à la poursuite de Contador. La fin de l’étape est pleine de suspense mais il manquera finalement six petites secondes à Valverde pour priver Contador de la victoire d’étape. Ce dernier reprend surtout deux minutes et trente-huit secondes sur le maillot rouge et renverse complètement le classement général.

Lors de l’avant-dernière étape il résistera aux assauts de son compatriote pour remporter la Vuelta et prouver à tous ses détracteurs que le Pistolero n’est pas mort. Sans doute moins fort que les années précédentes Alberto Contador a su prendre des risques pour nous offrir une étape magnifique et remporter son Tour national pour la 2ème fois.

2. 18ème étape du Tour de France 2011 : victoire d’Andy Schleck 

Au bout d’un effort surhumain Andy Schleck remporte une étape de folie.

21 Juillet 2011. 18ème étape du Tour de France 2011. 200,5 kilomètre entre Pinerolo et le col du Galibier. Voilà déjà 9 jours que Thomas Voeckler porte fièrement le maillot jaune sur ses épaules. Plus que deux étapes de montagne et un contre-la-montre avant de rallier Paris. Toute la France se met à rêver d’avoir enfin trouvé le successeur de Bernard Hinault. Mais Voeckler sait que la route est encore longue. Et surtout que ses adversaires n’ont pas abdiqué. Loin de là.

Il ne possède qu’une minute et dix-huit secondes sur l’ancien champion du monde Cadel Evans, quatre secondes de plus sur le Luxembourgeois Franck Schleck et deux minutes trente six sur son frère cadet Andy. Le Luxembourgeois semble s’être enfin débarrassé de son rival de toujours Alberto Contador qui pointe à plus de trois minutes au général. Il semble enfin en mesure de remporter le succès qui le fuit depuis trop longtemps mais il faut encore dépasser cet insolent français qui se bat comme un lion, et surtout reprendre du temps à Cadel Evans en prévision du contre-la-montre où l’Australien est bien meilleur que le Luxembourgeois.

En début de cette 18ème étape 16 coureurs s’échappent dont deux coéquipiers des frères Schleck. Tiens donc. Et l’impensable se produit à 60 kilomètre de l’arrivée. Après avoir fait rouler ses équipiers Andy Schleck porte une violente accélération. Que personne ne peut suivre (à part un jeune coureur nommé Pierre Rolland qui montrera toute l’étendue de son talent le lendemain mais qui se relève pour attendre son leader), ou plutôt ne veut suivre tant l’entreprise paraît suicidaire. Il faut encore basculer en haut de l’Izoard avant d’attaquer une longue vallée puis escalader le mythique Galibier. Alors que dans le groupe maillot jaune on s’interroge sur la tactique à adopter, devant Schleck ne se pose pas de question : il roule et rejoint d’abord Posthuma qui lui offre un dernier relai avant de s’effacer puis un groupe de cinq coureurs où son coéquipier Maxime Monfort assure le tempo.

Au pied de la dernière difficulté du jour le groupe de tête compte plus de quatre minutes d’avance sur le groupe Evans, Voeckler, Contador. Mais le plus dur commence pour Andy Schleck. En effet après avoir abattu un travail monstrueux Maxime Monfort s’écarte et laisse son leader seul. Seul contre tous. Ou plutôt seul contre Cadel Evans qui a décidé de prendre la poursuite à son compte tandis que Thomas Voeckler s’accroche comme il peut. C’est un véritable duel à distance qui s’engage entre les deux hommes. Un duel pour le maillot jaune. Un duel pour la victoire finale. Logiquement l’écart diminue et il passe sous la barre des trois minutes à un peu moins de cinq kilomètres de l’arrivée.

Andy Schleck s’arrache jusqu’à l’arrivée pour s’offrir un magnifique succès d’étape mais surtout pour conserver deux minutes et six secondes d’avance sur son grand frère et deux minutes quatorze sur Cadel Evans. Quelques secondes plus tard un Thomas Voeckler héroïque franchit la ligne d’arrivée et conserve son maillot jaune pour quinze petites secondes. Il le perdra finalement le lendemain au profit du Luxembourgeois qui le cédera lui-même à Cadel Evans suite au contre-la-montre que l’Australien survole.

Cette étape du Galibier restera à jamais dans la légende du Tour de France à la fois de par le coup de folie d’Andy Schleck et de par l’admirable résistance de Thomas Voeckler. C’est sans conteste la plus grande étape du Tour de France de la décennie et elle gardera une place au panthéon des plus belles étapes du cyclisme. Finalement les deux héros de cette étape seront battus à Paris et c’est peut-être ça qui rend cette étape encore plus grande.

1. 19ème étape du Tour d’Italie 2018 : victoire de Christopher Froome

Christopher Froome ‘n’a eu besoin de personne pour rentrer un peu plus dans la légende.

Depuis le début de 101ème édition du Giro d’Italia un Anglais domine outrageusement les débats. Il a déjà remporté 3 étapes (en plus d’en avoir offert une à un de ses coéquipiers) et semble très bien parti pour remporter le général. Au matin de la 19ème étape il porte le maillot rose depuis 13 jours et possède une marge très confortable sur tous ses poursuivants (excepté Tom Dumoulin qui le talonne à moins de 30 secondes). Un Anglais qui domine outrageusement un Grand Tour on parle forcément de Christopher Froome non ? Eh bien non pas cette fois ! Au départ de cette antépénultième étape le Kenyan blanc pointe à 3 minutes 22 de son compatriote Simon Yates, puisque c’est de lui qu’il s’agit, et il semble bien loin de son meilleur niveau.

Lors de l’arrivée de la 15ème étape il compte même 4 minutes et 52 secondes de retard sur le leader du général. Un retard que l’on pense insurmontable. Mais le contre-la-montre de la 16ème étape lui permet de reprendre une minute et il récupère ensuite une trentaine de seconde le jour suivant. C’est donc avec un retard conséquent de 3 minutes et 22 secondes, mais réduit par rapport aux deux premières semaines, que Christopher Froome prend le départ de la 19ème étape. Pense-t-il pouvoir renverser la course ? Pas sûr.

Mais dès les premières pentes du Colle delle Finestre, à 87 kilomètres de l’arrivée, l’impensable se produit : le maillot rose est en perdition. Incapable de suivre ses propres coéquipiers Simon Yates sombre totalement. La course pour le général est alors totalement relancée. Tom Dumoulin hérite alors du maillot rose virtuel avec une avance assez confortable sur Pozzovivo, Froome et Pinot. On pense alors voir l’excellent rouleur néerlandais se diriger vers un doublé sur le Giro. Mais c’est sans compter sur l’orgueil de Christopher Froome. Le coureur britannique, ébranlé et meurtri par l’imbroglio autour de son contrôle anormal au salbutamol sur le Tour d’Espagne 2016, est bien décidé à montrer que ses succès sont bien mérités.

Mis sur orbite par son équipe il se lance dans un raid suicidaire à 80 kilomètre de l’arrivée et fait tout exploser. Derrière seul un groupe comprenant Pinot, Carapaz, Lopez, Dumoulin et le valeureux Reichenbach réussit à limiter les dégâts. Mais la lutte pour le maillot de meilleur jeune entre les deux Sud-Américains, qui tourne franchement au ridicule, parasite la poursuite et permet à Froome de mettre à profit ses qualités de rouleurs et de creuser l’écart. De 45 secondes au sommet du Col du Finestre l’écart grimpe jusqu’à se stabiliser autour des 4 minutes.

Seul contre tous Froome se livre à un numéro de soliste exceptionnel et avale les kilomètres sans faiblir. Et jusqu’à l’arrivée le Britannique il faiblira pas : il conserve 3 minutes d’avance sur Carapaz, 3 minutes 07 sur Pinot et 3 minutes 23 sur Dumoulin à l’arrivée de l’étape. Il prend par la même occasion le maillot rose de leader pour 40 secondes.

Le lendemain il résistera à toutes les tentatives de Tom Dumoulin pour s’en aller remporter son 1er Giro et rejoindre le cercle très fermés des vainqueurs des trois Grands Tours en carrière. Et exploit encore plus impressionnant il vient de remporter à la suite le Tour de France, le tour d’Espagne et le Tour d’Italie et est le vainqueur sortant des trois Grands Tours pour la 1ère fois depuis 1983. C’est dire l’exploit réalisé ! Mais bien plus que les faits c’est surtout la manière qui rend la chose magnifique. En perdition lors du début du Giro, Christopher Froome nous aura offert une troisième semaine de folie et surtout une 19ème étape qui restera à jamais dans les annales de l’histoire du cyclisme. Un raid solitaire de 80 kilomètres pour renverser totalement le général voilà qui valait bien la première place du classement des plus belles étapes de Grands Tours de ces dix dernières années.

Et pour vous quelle est l’étape de Grand Tour la plus légendaire de cette décennie ? Votez en cliquant sur le bouton ci-dessous.

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