Bilan du Tour d’Italie 2020

Ce Giro s’est élancé de Sicile avec peu de certitudes au vu de la situation sanitaire difficile. Finalement malgré quelques coups de chaud (exclusion de Kruiswijk, Yates et Matthews pour cause de coronavirus) le Tour d’Italie 2020 est bel est bien allé à son terme. Alors quelles sont les conclusions que l’on peut tirer de ces trois semaines de courses ?

Démare est un grand sprinteur :

Résultats des sprints : Démare 4 – Les autres sprinteurs réunis 0. Pas besoin d’en rajouter.

Jusqu’ici on trouvait toujours quelque chose à reprocher à Arnaud Démare. Trop gentil, pas assez agressif, seulement vainqueurs sur des courses de secondes zones… On oublie un peu vite qu’au départ de ce Giro Arnaud Démare comptait déjà à son palmarès deux étapes du Tour de France, une du Tour d’Italie et Milan-San-Remo. Pas mal pour un sprinteur que l’on qualifie de moyen. Surtout au niveau hexagonal. Le Picard est sans aucun doute le meilleur sprinteur français depuis Jean-Patrick Nazon et a très largement surpassé son rival de jeunesse Nacer Bouhanni. Mais le 3 octobre dernier lorsque le Giro s’est élancé il suscitait toujours des doutes sur sa capacité à gagner au plus haut niveau. Il les a littéralement balayé. 4 victoires d’étapes sur ce Tour d’Italie et un maillot de meilleur sprinteur en prime devant une concurrence certes moins relevée que sur le Tour mais quand même féroce (Gaviria, Viviani, Sagan…). Le Picard a pu compter sur une équipe formidable pour le placer dans les meilleures conditions mais surtout sur son incroyable puissance. Sa démonstration sur la 6ème étape en est un parfait exemple : parfaitement lancé il a laissé Michael Matthews très loin sur une arrivée qui lui convenait pourtant à merveille. S’il a fallu la photo-finish pour le départager sur la 4ème étape, ses victoires sur la 7ème et 11ème étape ne souffrent d’aucune contestation. On aurait aimé le voir sur le Tour de France mais Arnaud Démare s’est parfaitement remobilisé pour écraser les sprints de ce Tour d’Italie 2020 et affirmer son statut de meilleur sprinteur de la saison (que seul Sam Bennett peut lui contester). Alors oui Arnaud Démare est un des tout meilleurs sprinteurs du peloton et il devient difficile de le contester.

Sagan n’est pas fini :

Peter Sagan en plein chef d’œuvre.

On avait commencé à croire que le maillot vert était irrémédiablement voué à finir sur les épaules de Peter Sagan à Paris. Le Slovaque était trop fort, trop polyvalent, trop intelligent pour le laisser lui échapper. Pourtant cette année il est tombé sur un os nommé Sam Bennett. Ayant de plus en plus de mal à rivaliser en sprint pur le Slovaque n’a pas pu, comme à son habitude, refaire son retard lors des sprints intermédiaires, ces derniers étant placés sur le plat et permettaient donc à Bennett d’aller lui contester les points. A la suite de ce Tour de France difficile, sans victoires, le Slovaque s’est aligné sur le Giro tenant sa promesse faite aux organisateurs. A cause du bouleversement du calendrier cycliste il a été obligé de sacrifier les classiques pavés qui conviennent pourtant parfaitement à ses qualités. Le Slovaque arborait donc le Giro avec un statut à retrouver et un besoin quasi vital de victoires. Très fort mais à contretemps lors de la 2ème place où il devait se contenter de la seconde place puis passé tout près lors de la 4ème étape seulement battu à la photo-finish, le Slovaque semblait reparti pour accumuler les 2ème places comme à ses plus belles heures. Encore devancé par Arnaud Démare lors de la 7ème étape et de la 11ème étape Peter Sagan devait se rendre à l’évidence : pour gagner il ne fallait pas attendre le sprint. C’est pourquoi lors de la 10ème étape l’ancien triple champion du monde nous a offert un numéro dont il a le secret : parti dans l’échappée suite à une grosse bataille avec les Groupama-FDJ le Slovaque a ensuite déposé tous ses compagnons d’échappée pour résister ensuite au retour des favoris et aller s’imposer en solitaire. Après 465 jours sans victoire, une éternité pour un coureur de sa trempe, Peter Sagan a enfin levé les bras, et de magistrale manière, montrant à tout le monde qu’il reste un coureur d’exception et qu’il est bien loin d’être fini.

La jeunesse a pris le pouvoir :

Jai Hinley et Tao Geoghegan Hart s’arrachent pour aller chaque seconde qui pourra faire la différence.

Au départ du Giro la moyenne d’âge des favoris était élevée : 36 ans pour Nibali, 35 pour Fulgsang, 34 pour Thomas, 33 pour Kruiswijk. On aurait dû y rajouter les 20 printemps de Remco Evenepoel pour rajeunir le tout mais le Belge se remet encore de sa terrible chute sur le Tour de Lombardie. On pensait alors que le Giro ne pouvait pas échapper à un coureur expérimenté. Las la malchance qui semble poursuivre Thomas et Kruiswijk sur la course italienne les a une nouvelle fois mise hors-course (abandon après une chute avant le départ de la 3ème pour le premier, mise hors-course pour cause de coronavirus pour le second). On pensait alors que le requin de Sicile toujours surmotivé sur son Tour national et le Danois devenu un redoutable spécialiste des classiques allaient se battre pour la victoire finale. Il n’en a rien été. Jakob Fulgsang a très vite lâché du temps avant de se replacer lors des étapes finales mais n’a jamais pesé sur la course tandis que Nibali n’était qu’une pâle copie du coureur qu’il était encore il y a quelques années. Les vétérans out tout était réuni pour que la jeunesse prenne le pouvoir. Ce fut le cas. Dans des proportions que personne n’avait imaginé. Joao Almeida, initialement simple équiper d’Evenepoel, a réalisé un Tour d’Italie franchement bluffant, s’accrochant 15 jours au maillot rose et faisant preuve d’une ténacité et d’un courage bluffant. Le Portugais a finalement craqué lors des dernières étapes sous les coups de boutoir de la Sunweb de Wilco Kelderman et de Jai Hinley. Ce dernier n’a que 24 ans mais se paye déjà le luxe de distancer son propre leader pour aller remporter l’étape du Stelvio devant un autre grand espoir Tao Geoghegan Hart (25 ans) et revenir sur ses talons au général. Au matin de la dernière étape ces deux hommes se tenaient même dans la même seconde au général. Du jamais-vu ! On le sait la tendance est au rajeunissement, ce n’est pas Egan Bernal ou Tadej Pogacar qui diront le contraire, mais elle a pris des proportions insoupçonnées sur ce Giro.

INOES sait se réinventer :

Je suis britannique, je cours chez INEOS et je viens de remporter le Giro. Je suis ? Je suis ? Geraint Thomas ? Raté je suis Tao Geoghegan Hart !

Lorsque Geraint Thomas n’a pas pris le départ de la 4ème étape de ce Giro on pensait que la formation INEOS allait encore une fois vivre un Tour d’Italie cauchemardesque. Il n’en a rien été. Mais alors rien du tout. Les coureurs de l’équipe britannique ont réalisé un Giro tout simplement formidable avec un Ganna survolté (4 victoires d’étapes), un Narvaez inspiré (une victoire d’étape) et un Tao Geoghegan Hart extraordinaire (2 victoires d’étapes et la victoire finale) sans oublier un Rohan Dennis impressionnant lors de la dernière semaine. Qu’il semble loin le temps où les abandons de Chris Froome sur le Tour 2014 ou celui de Geraint Thomas sur le Giro 2017 avaient laissés leurs coéquipiers incapables de réagir. Sur cette édition l’armada britannique a brillé de mille feux en dynamitant la course et en prenant des risques. Une stratégie inhabituelle mais grandement payante et ô combien plaisante à regarder.

Ce Giro fut magnifique :

Un décor exceptionnel pour un magnifique duel. Cette 18ème étape fut spectaculaire à bien des égards.

Le casting du Giro n’était pas très excitant au départ de Sicile. Avec un Nibali sur le déclin, un Thomas à la poursuite de son meilleur niveau, un Fulgsang jamais convaincant sur 3 semaines, un Kruiswijk solide mais peu enthousiasmant et un Yates à l’état de forme incertain ce Giro ne s’annonçait pas comme un feu d’artifice. L’abandon de Thomas, l’exclusion de Kruiswijk et Yates et la méforme de Nibali et Fulgsang nous a fait craindre le pire. Mais ce Giro fut tout simplement magnifique. Joao Almeida nous offert une magnifique leçon de courage et d’abnégation, Jay Hinley et Tao Geoghegan Hart ont parfaitement pris la relève de leurs leaders défaillants pour nous offrir un duel époustouflant, Arnaud Démare et la FDJ nous ont offert un récital sur les quatre étapes qui leurs étaient destinés, Filippo Ganna a concassé la concurrence sur les chronos, l’ascension du Stelvio enneigée fut somptueuse, Peter Sagan nous a offert un raid solitaire de folie rappelant à tout le monde qu’il est l’un des tout meilleurs si ce n’est le meilleur coureur de sa génération, Diego Ulissi a une nouvelle fois brillé sur son Tour national… Et puis surtout le suspens quant au vainqueur final fut époustouflant.  On croyait avoir tout vu sur le Tour de France avec le duel Roglic-Pogacar, et bien le duel Hinley-Geoghegan Hart fut encore bien pus serré. Au matin du chrono final les deux hommes avaient parcouru les 3 483 premiers kilomètres en 85 heures, 22 minutes et 7 secondes. Deux hommes dans la même seconde le matin de la dernière étape ! Tout simplement hallucinant !

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