Bilan de la saison 2020.

La saison cycliste 2020 s’est achevée il y a une semaine avec l’arrivée du Tour d’Espagne à Madrid. Elle fut mouvementée notamment à cause de la pandémie de coronavirus qui a entrainé, entres autres, l’annulation de Paris-Roubaix et la mise en place de mesures sanitaires drastiques sur les courses ayant eu lieu. Cette année nous avons eu le droit à des duels passionnants à la fois sur les Grands Tours comme sur les classiques. Des coureurs se sont révélés, d’autres ont déçu. Voici un bilan de la saison 2020.

Alaphilippe année idyllique, année cauchemardesque :

Julian Alaphilippe peut savourer : il est le 9ème champion du monde français.

Côté pile : un titre de champion du monde, une victoire d’étape sur le Tour de France et le port du maillot jaune, une victoire sur la Flèche Brabançonne devant Van der Poel et une seconde place sur Milan San Remo seulement battu par Van Aert. Une année magnifique en somme. Côté face : un déclassement mérité et une célébration beaucoup trop hâtive sur Liège-Bastogne-Liège, une grosse chute sur le Tour des Flandres alors qu’il allait disputer la gagne et un statut de patron du cyclisme mondial grandement remis en cause par la nouvelle génération. Une année à oublier en somme.

Voici le résumé de la saison 2020 très contrastée de Julian Alaphilippe. Une année où il aura peu gagné mais toujours sur des courses prestigieuses, une année où il aura prouvé que malgré son physique peu adapté il peut jouer la gagne sur le Tour des Flandres à l’avenir, une année où il aura eu du mal à maîtriser sa nervosité, une année où il aura une nouvelle fois brillé sur le Tour de France, une année terminée par une grosse et regrettable gamelle, mais surtout une année où il aura été champion du monde et finalement peu importe le reste tant ce titre à lui seul embellit une carrière toute entière.

Bernal, Gaviria, Nibali, Quintana et Viviani déçoivent :

Nairo Quintana et Egan Bernal en perditions accompagné par un Pierre Rolland qui semble bien plus à l’aise. Sans vouloir manquer de respect au Français c’est plutôt inquiétant pour les deux Colombiens.

Pour Egan Bernal il était évidemment difficile de faire mieux qu’en 2019 où il avait remporté le Tour de France mais sa saison 2020 n’a pas été celle de la confirmation. Son abandon sur le Dauphiné en avait laissé certains sceptiques sur ses supposées douleurs au dos. Bluff ou pas il a en tout cas totalement explosé en route sur le Tour de France où il s’est montré très loin de son meilleur niveau avant d’abandonner au soir de la 16ème étape. On attend plus, beaucoup plus du premier Colombien à remporter la plus grande course du monde.

Peut-on vraiment en vouloir à Fernando Gaviria ? Au regard de sa saison loin de son statut (six victoires d’étapes mais sur des compétitions mineures et une incapacité à se mêler à la lutte sur le Giro) oui. Au regard de sa contamination au coronavirus en Février puis à sa rechute en plein Tour d’Italie bien sûr que non. On ne sait pas quels ont été les effets du virus sur son organisme ni quels auraient été ses résultats s’il avait pu courir sans problèmes. 2020 restera une saison noire pour le d’habitude si prolifique Colombien.

 L’immense champion Italien traîne deux défauts. Tout d’abord son âge : à 36 ans Vincenzo Nibali est l’un des vétérans d’un peloton qui se rajeunit sans cesse. Et puis un palmarès extraordinaire qui fait passer une saison que l’on qualifierait de réussie pour un bon coureur à une saison ratée pour le Sicilien. Sa 6ème place au Tour de Lombardie (mais très, très loin de la gagne) et sa 4ème place sur Paris-Nice (face à une concurrence largement à sa portée) constituent ses seuls résultats notables. Son Tour d’Italie où il n’a jamais pesé sur la course malgré un statut de grand favori symbolise à lui seul sa saison : Vincenzo Nibali est dépassé par une jeunesse sans complexe. Il sera dur pour le Sicilien de briller à nouveau.

Les années passent et Nairo Quintana s’éloigne de plus en plus de son rêve jaune. Malgré un début de saison retentissant (classement général du Tour de la Provence, du Tour des Alpes-Maritimes et sans de Paris-Nice sans une chute et l’annulation de la dernière étape) où l’on retrouvait le Colombien aérien en montagne et enfin libéré des stratégies l’ayant quasiment systématiquement désavantagé de la Movistar. On pouvait légitimement penser que Nairoman allait claquer un beau résultat sur le Tour. Mais une violente collision avec une voiture à l’entrainement début Juillet a cassé son élan et sa dynamique. A la peine sur le Dauphiné, il n’aura pas fait illusion sur le Tour de France, devant se contenter de la 17ème place. Très loin de celle qui devrait être la sienne.

Elia Viviani devait être le fer de lance de Cofidis et leur apporter une bonne demi-douzaine de victoires. A la fin de cette saison le bilan est terrible : 0 victoire en 2020 et un net recul dans la hiérarchie du sprint mondial. L’Italien semble très loin de ses plus belles années où il remportait des étapes sur les Grands Tours et pesait sur les classiques. En bref une vraie déception à effacer au plus vite en 2021.

Démarre meilleur scoreur :

Très costaud Arnaud Démare aligne Coquard et Alaphilippe pour s’adjuger son 3ème titre de champion de France.

Les hommes mentent mais pas les chiffres. Voilà ce que pourrait répondre Arnaud Démare à tous ses détracteurs. Le Français n’en a pas manqué ces dernières années. La faute à un caractère trop gentil, à une gueule de gendre idéal, et à une propension à se contenter de places d’honneurs aussi. Malgré son palmarès pourtant enviable (Milan San Remo 2016, double champion de France, double vainqueur d’étapes sur le Tour de France et vainqueur d’étape sur le tour d’Italie) Arnaud Démare n’était pas considéré comme l’un des meilleurs sprinteurs du monde au début de la saison 2020. On le plaçait loin derrière les Ackermann, Bennet, Ewan, Gaviria, Groenewegen, et autres Sagan. A la fin de la saison 2020 il fait clairement partie de leur caste et seuls Ackermann, Bennett et Ewan peuvent encore le regarder dans les yeux. La faute à une saison de très grande qualité.  Franchement épatant sur les parcours vallonnés où il a conquis un troisième titre de champion de France juste après s’être adjugé le Tour de Wallonie en devançant Philipe Gilbert et Greg Van Avermaet (rien que ça). Puis impérial vainqueur de Milan-Turin, du Tour de Poitou-Charentes (plus 3 étapes), d’une étape sur le Tour du Luxembourg mais surtout vainqueur incontesté des quatre sprints massifs du Tour d’Italie tout en rapportant le maillot de meilleur sprinteur malgré la concurrence féroce d’un Sagan ressuscité. Le bilan est limpide pour le Picard : 14 victoires en 2020 ce qui en fait le meilleur scoreur devant Roglic (Pogacar), Pogacar et Evenepoel (9 chacun). De quoi faire taire les critiques.

Le cyclisme plus fort que le coronavirus :

Gel hydroalcoolique ok. Masques ok. Pour la distanciation sociale en revanche on repassera.

Lorsque la saison s’est brutalement arrêtée en plein milieu de l’UAE Tour fin Février personne ne savait que l’épidémie de coronavirus perturberait à ce point la saison cycliste. Après un bref intermède et une nouvelle interruption de la saison, lors la reprise le 1 août personne n’était très optimiste sur le fait que la saison puisse aller à son terme sans encombre. La faute à un calendrier surchargé et un rebond de l’épidémie. Et pourtant à part Paris-Roubaix et quelques classiques, toutes les courses majeures ont pu se dérouler sans accroc majeur. Même le Tour de France et son impressionnante mobilisation de personnes a réussi à aller à son terme sans (presque) aucune alerte. Les protocoles et les bulles sanitaires stricts et bien respectés sont à remercier.

La France, Jumbo-Visma et Primoz Roglic tout en haut :

Effectif impressionnant = résultats impressionnants. La Jumbo-Visma l’a bien compris.

Pour la 1ère fois depuis 2016 la France remporte le classement UCI par nation, portée par Julien Alaphilippe (6ème en individuel) Arnaud Démare (9ème) ou encore Florian Sénéchal (16ème) et Guillaume Martin (18ème). Cette belle 1ère place prouve que la France retrouve peu à peu son statut de nation dominante du cyclisme mondial mais attention la concurrence pousse très fort avec notamment la Slovénie des deux poids lourds Primoz Roglic (qui remporte le classement individuel) et Tadej Pogacar (son dauphin). A noter aussi la présence de la Belgique sur la 3ème marche du podium grâce à la saison stratosphérique de Wout Van Aert (3ème du classement individuel) et au début de saison exceptionnel de Remco Evenepoel (20ème en ayant raté la moitié de la saison).

Au niveau des équipes la Jumbo-Visma porté par son impressionnant collectif sur les courses par étapes s’adjuge la 1ère place de très peu devant la Quick-Step et son armada de classicmen. Sans surprise la Groupama FDJ est la meilleure équipe française (9ème) devant Arkéa-Samsic (14ème) et AG2R La Mondiale (15ème). Il faut également souligner la prometteuse 5ème place de la Sunweb et son effectif dénué de superstars mais porté par un sens tactique incroyablement aiguisé. A contrario la Movistar se classe à une 18ème place indigne de son statut et de son effectif et s’est une nouvelle fois illustrée par ses tactiques que l’on pourrait qualifier de calamiteuses voire d’inacceptables à ce niveau.

Et au classement individuel on retrouve sans surprise ceux qui ont brillé tout le long de la saison avec en 1er Primoz Roglic (vainqueur du Tour d’Espagne, de Liège-Bastogne-Liège et 2ème du Tour de France) qui devance Tadej Pogacar (1er du Tour de France) et Wout Van Aert (vainqueur de Milan San Remo et de deux étapes du Tour de France, 2ème du Tour des Flandres et des championnats du monde sur route et contre-la-montre). Mathieu Van der Poel échoue au pied du podium mais cela ne gâchera en rien sa saison (vainqueur du Tour des Flandres et du BinckBank Tour) et Jakob Fuglsang signe une belle 5ème place (vainqueur du Tour de Lombardie). A noter la 6ème place de Julian Alaphilippe (maillot jaune et vainqueur d’une étape sur le Tour, champion du Monde, 2ème de Milan San Remo) et les surprenantes 7ème et 8ème place de Richie Porte (3ème du Tour de France) et Diego Ulissi (vainqueur de deux étapes sur le Tour d’Italie). Enfin Arnaud Démare (vainqueur de quatre étapes sur le Tour d’Italie) et Marc Hirschi (vainqueur de la Flèche Wallonne et d’une étape sur le Tour de France, 3ème des championnats du monde) complètent le top 10.

La jeunesse plus que jamais au pouvoir :

Un podium inédit et très jeune sur le Tour d’Italie 2020.

Il ne fait pas bon d’avoir plus de 25 ans en 2020. La preuve le Tour d’Italie a été dominé par Geoghegan Hart (25 ans) et Hinley (24 ans) tandis que Joao Almeida en été un grand protagoniste (22 ans et 4ème au final). Le Tour de France s’est offert à Tadej Pogacar (21 ans) et on y a vu la jeunesse briller (Hirschi, Van Aert, Kämna, Martinez…). Finalement seul le Tour d’Espagne a vu les « vieux » faire de la résistance (Enric Mas, 5ème et David Gaudu 8ème sont les seuls coureurs de 25 ans et moins du top 10).

On dit souvent que pour dompter les classiques il faut de l’expérience. Pourtant Wout Van Aert avait 25 ans au moment de sa victoire sur Milan San Remo, Mathieu Van der Poel 25 également quand il s’est adjugé le Tour des Flandres et le vainqueur de Liège-Bastogne-Liège aurait dû en avoir 22 (Hirschi) ou 21 (Pogacar) si Alaphilippe ne s’était pas mis à zigzaguer comme s’il avait 4 grammes dans chaque bras. La Flèche Wallonne s’est offerte à Marc Hirschi (22 ans), Paris-Tours à Casper Pedersen (25 ans), Gand-Wevelgem à Mads Pedersen (24 ans) et Kuurne-Bruxelles-Kuurne à Kasper Agreen (25 ans).

Le constat est limpide : la jeunesse a pris le pouvoir et vu les phénomènes qu’elle compte dans ses rangs, elle n’est pas prête de le lâcher.

Un suspens incroyable et inédit sur les Grands Tours :

Jai Hinley et Tao Geoghegan Hart se tenaient dans la même seconde au classement général à l’arrivée de la 20ème et avant-dernière étape du Tour d’Italie 2020.

C’est simple le classement général des trois Grands Tours s’est joué lors de la dernière étape (si l’on excepte les parades sans intérêt au général de Paris et Madrid). Et les écarts sont tout simplement infimes. 59 secondes entre le vainqueur et son dauphin sur le Tour de France, 39 sur le Tour d’Italie et 24 sur le Tour d’Espagne. Des écarts très faibles et qui ont participé à créer un suspens incroyable sur chacun des trois Grands Tours. Sur la Vuelta Roglic a dû batailler jusqu’au bout de la Covatilla pour résister aux assauts de Richard Carapaz. Sur le Tour de France on a tous en tête l’incroyable renversement de situation du contre-la-montre de la Planche des Belles Filles où Pogacar a détrôné son ainé slovène. Mais surtout sur le Tour d’Italie : au matin du contre-la-montre Jai Hinley et Tao Geoghegan Hart se tenaient tout simplement dans la même seconde. Tout simplement du jamais vu ! Un suspens incroyable et tellement bienvenu dans ce cyclisme que l’on pensait cadenassé par les armadas INEOS et JUMBO.

Van Aert – Van der Poel un duel parti pour durer :

La photo-finish a été nécessaire pour arbitrer le duel entre les deux vieux ennemis sur le Tour des Flandres.

Leur immense rivalité en cyclo-cross (trois titres de champions du monde chacun et une domination sans partage depuis des années) Mathieu Van der Poel et Wout Van Aert l’ont déplacé sur la route. Nous avons tout d’abord assisté à un enterrement de première sur Gand-Wevelgem et à un début de polémique lorsque que Wout Van Aert a déclaré à propos de son rival Néerlandais « apparemment il préférait que je perde plutôt que de gagner lui-même ». Réponse de Van der Poel : « Je pense que c’est un peu bas de sa part de dire que j’ai couru pour le faire perdre ». Ambiance. Rendez-vous était pris une semaine plus tard sur le Tour des Flandres pour régler ses comptes. Et la bataille fut somptueuse. A 39 kilomètres le champion du monde Julian Alaphilippe s’échappait avec Van der Poel puis Van Aert qui comprenait vite que la course se jouait là. Un trio royal se dégageait donc et il paraissait très vite évident que la victoire reviendrait à l’un de ces trois immenses champions. Malheureusement une moto imprudente, un Van der Poel se décalant au dernier moment ou un Alaphilippe pas assez concentré, c’est selon, éliminait le champion du monde de la course. Restait donc un duel Van der Poel – Van Aert que l’on attendait depuis des années sur une course de cette envergure. Ni le vieux Kwaremont ni le Paterberg n’arrivaient à départager les deux hommes et c’est à l’issue d’un sprint serré au possible que Mathieu Van der Poel s’imposait et devenait le premier fils à rejoindre son père au palmarès du Ronde. Mais surtout cela ouvre des perspectives alléchantes de duels à venir. Et vu le profil des deux phénomènes on pourrait bien les voir batailler sur les Ardennaises comme les Flandriennes mais également sur le Tour de France et les championnats du monde. Une rivalité qui s’annonce passionnante et qui n’est pas prête de s’arrêter.

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