Bilan du Tour de France 2021

Qui a brillé sur cette 108ème édition du Tour de France ? Qui s’est planté ? Quelles conclusions peut-on tirer de cette course ? On fait le point.

Ils ont répondu aux attentes :

Julian Alaphilippe :

Une victoire d’étape et le maillot jaune c’est le minimum syndical pour un champion de la trempe de Julian Alaphilippe. Un minimum inatteignable pour le commun des mortels mais un objectif rempli pour le champion du monde sur cette édition. Irrésistible lors de la 1ère étape à Landerneau on le pensait capable de doubler la mise dès le lendemain. Mais un cyborg néerlandais s’est envolé pour non seulement remporter l’étape mais surtout pour dépouiller le champion français de sa tunique doré et accomplir ce que son grand père, un inconnu du nom de Raymond Poulidor, n’avait jamais réussi à faire lors de son immense carrière. A partir de ce moment-là l’objectif pour Julian Alaphilippe devint de remporter une nouvelle étape. Et le moins que l’on puisse c’est que le français a tenté. Un peu trop sans doute. On l’a énormément vu à l’attaque que ce soit sur les pentes du Ventoux, dès le lendemain vers Nîmes ou encore à Andorre. Le champion français aurait sans doute mis plus de chances de son côté en économisant ses forces mais on ne pourra lui retirer son panache. Et un palmarès qui continue de s’épaissir.

Richard Carapaz :

Certes lorsqu’on est le leader unique de la meilleure équipe du monde on se doit de remporter le Tour de France. Ou au moins de lutter jusqu’au bout. Ce n’a pas été le cas pour Richard Carapaz. Mais n’oublions pas que les chutes ont décapité le quatuor d’INEOS sensé faire exploser la course, que l’Equatorien signe son premier podium sur la plus grande course du monde, et surtout que pas grand monde ne pouvait battre Tadej Pogacar cette année. De toute façon trop limité en contre-la-montre Richard Carapaz a quand même eu le mérite de tenter en montagne mais sans grand succès. Il conclut tout de même ce Tour de France avec un podium, devenant ainsi un des pas si nombreux coureurs à être monté sur le podium des trois Grands Tours.

Tadej Pogacar :

Liège-Bastogne-Liège, 9 victoires d’étapes en seulement trois Grands Tours, podium sur la Vuelta, deux victoires au généra sur le Tour de France…Le palmarès de Tadej Pogacar est immense. Et il devient absolument extraordinaire lorsqu’on ajoute qu’il n’a que 22 ans. Sur ce Tour de France il est logiquement arrivé dans le costume de grand favori (seulement partagé avec Primoz Roglic). Et ce costume n’a jamais semblé trop grand pour lui. Il a tout simplement écrasé la course en première semaine puis il a géré sans problèmes les très maigres tentatives de renversement de ses adversaires. Jamais mis en difficulté par la relative faiblesse de son équipe il a donné l’impression qu’il aurait pu remporter ce Tour de France avec plus de dix minutes d’avance sur son plus proche poursuivant s’il l’avait voulu. Dominateur en chrono, impérial en montagne, à l’aise dans les bordures, redoutable dans les bosses et même rapide dans les sprints ce Tadej Pogacar là est tout simplement imbattable. Et ce n’est pas la faible adversité qu’il a rencontré sur ce Tour de France qui aurait pu l’empêcher de réaliser le doublé. A seulement 22 ans doit-on encore préciser.

Mathieu Van der Poel :

Certes c’était son premier Tour de France. Certes il avait annoncé que son grand objectif de l’été était les Jeux Olympiques et que le Tour de France servait avant de tout de préparation. Certes la pression était immense. Mais avec le talent du Néerlandais on attendait de lui au moins une victoire d’étape. Et ce dès la 1ère arrivée à Landerneau, taillée sur mesure pour ses qualités de puncheur/sprinteur. Une victoire d’étape lui aurait également offert le maillot jaune et l’histoire aurait été magnifique puisqu’il serait devenu, avec son père Adrie, le premier duo père-fils à porter le maillot jaune. Mais pour le public français la filiation avec Raymond Poulidor était bien évident plus importante et voir le petit-fils réaliser ce que le grand-père n’avait jamais réussi à accomplir aurait eu de la gueule. Las un Julian Alaphilippe stratosphérique le privait de ce bonheur. Ce n’était que partie remise car dès le lendemain une double attaque, la première pour empocher huit secondes de bonifications, et la seconde pour écraser la concurrence lui permettait de remporter l’étape et de se parer de jaune. Objectif rempli pour le Néerlandais. On s’attendait à voir lâcher son bien lors de la première grosse étape de montagne mais Van der Poel est du genre offensif. Alors au lieu de se battre pour rester dans les roues on le retrouve en échappé pour conforter son beau maillot qu’il abandonnera finalement le lendemain à un Pogacar stratosphérique. Avant de quitter la route du Tour le panier à trophée bien rempli pour aller essayer de se parer d’un autre jaune, l’or olympique cette fois-ci.

Ils ont fait bien mieux qu’attendu :

Wout Van Aert :

Le champion de Belgique a déçu lors première semaine de ce Tour de France pourtant taillée sur mesure pour lui avec deux arrivées pour puncheurs/sprinteurs (24ème à Landerneau, 23ème à Mûr de Bretagne) et un chrono (4ème place). Son échappée conclut par une 8ème place lors de ce qui est sans doute la plus belle étape de ce Tour de France (7ème étape) lui a redonner confiance. Et l’abandon de Primoz Roglic l’a libéré de son rôle d’équipier. Sans cela on ne l’aurai sans doute pas vu à l’attaque lors de l’étape du double Ventoux. S’il avait déjà impressionné en haute montagne l’année dernière (3ème à La-Roche-sur-Foron seulement devancé par deux échappés au terme d’une étape très difficile) on ne l’imaginait tout de même pas dompter le Ventoux. Et plutôt deux fois qu’une puisque la 11ème étape passait deux fois par le Mont Chauve. Et pourtant c’est bien Wout Van Aert qui s’est imposé après avoir distancé de solides grimpeurs comme Mollema, Elissonde, ou encore Alaphilippe. Quelques jours plus tard après avoir parfaitement mis sur orbite son coéquipier Sepp Kuss sur l’étape d’Andorre le champion de Belgique pouvait se concentrer sur le contre-la-montre de Saint-Emilion. Un contre-la-montre remporté sans coup férir par le vice-champion du monde la discipline. Une étape de haute montagne plus un contre-la-montre voilà un bien joli doublé. Mais il a fait encore mieux puisqu’il l’a agrémenter d’un triomphe sur les Champs-Elysées pour devenir le premier homme depuis Bernard Hinault (qui d’autre ?) à réaliser pareil triplé (étape de montagne, contre-la-montre et étape de sprint). Wout Van Aert a réalisé un Tour de France très impressionnant et au-dessus des attentes.

Mark Cavendish :

Une renaissance tout simplement. Il n’y a pas d’autres mots pour décrire le Tour de France du meilleur sprinteur de l’histoire. En perdition depuis 2 ans, incapable de gagner sur la plus grande course du monde depuis 2016, en larmes et prêt de la retraite à la fin de l’année dernière, personne ne croyait en une résurrection de Mark Cavendish. La main tendue de Lefevere ressemblait plus à un coup de com qu’à un véritable pari sportif. Et pourtant ! Ses quatre victoires d’étapes sur le Tour de Turquie ressemblaient déjà à un conte de fée. Et sa participation au Tour de France, suite au forfait de Sam Bennett, était déjà un énorme accomplissement pour le champion britannique. Mais le train de la Deceunick étant ce qu’il est et Mark Cavendish étant un immense champion le résultat fut sans appel : 4 victoires d’étapes et le maillot vert. Un bilan tout simplement exceptionnel qui a permis au Cav’ d’égaler le record du nombre d’étapes remportées sur le Tour de France d’Eddy Merckx (34). On en attendait évidemment pas tant de Mark Cavendish et il est sans aucun doute la très belle histoire de ce Tour de France.

Ils se sont révélés :

Frank Bonnamour :

22ème au général, 4 fois dans le top 10 d’une étape et super-combatif : Franck Bonnamour s’est mis en évidence sur ce Tour de France. Connu seulement des plus fins spécialistes avant le départ de cette Grande Boucle le Breton a crevé l’écran en se montrant offensif et intelligent dans sa manière de courir. Très bon puncheur, solide grimpeur, Franck Bonnamour a pris date pour le futur. Et se pose comme un candidat crédible pour une victoire d’étape sur le Tour de France dès l’année prochaine.

Sonny Colbrelli :

Certes l’Italien n’a pas remporté d’étapes ni remporté le maillot vert. Mais le moins que l’on puisse dire c’est que Sonny Colbrelli a tenté. Lui aussi aurait pu profiter de la première semaine pour se mettre en évidence mais il s’est enflammé à Mûr-de-Bretagne avant de s’effondrer. C’est lors de la 9ème étape particulièrement difficile que sa prestation et sa 3ème place a impressionné tout le monde. On le savait en forme (champion d’Italie, brillant sur le Dauphiné) et à l’aise sur les parcours vallonnés mais pas grand monde ne l’attendait à ce niveau. Souvent à l’attaque il faudra un grand Patrick Konrad pour le priver de la victoire à Saint-Gaudens. Très en vue sur ce Tour de France l’Italien aurait évidemment aimé ramené une victoire d’étape. Il en aura sans doute l’occasion dès l’année prochaine. Attention cependant à ne pas devenir un coureur fort partout mais excellent nulle part.

Alexey Lutsenko :

On connaissait le Kazakh pour ses qualités de puncheurs (victoires d’étapes sur Paris-Nice, Tirreno-Adriatico, le Tour d’Espagne et le Tour de France), de rouleur (vainqueur du chrono du Dauphiné) et on le savait très solide sur les courses par étapes d’une semaine (double vainqueur du Tour d’Oman, 2ème du Dauphiné de cette année) mais il n’avait encore aucune référence sur les courses de trois semaines. Et pourtant il a réussi à finir 7ème au général de cette édition du Tour de France. Une vraie surprise et une belle pour le multiple champion d’Asie.

Matej Mohoric :

Quand on s’est déjà imposé sur le Tour d’Espagne et le tour d’Italie, qu’on est un ancien champion du monde espoir et qu’on compte de multiples top 10 sur les Monuments on n’est pas un parfait inconnu. N’empêche que voir Matej Mohoric remporter deux victoires d’étapes sur ce Tour de France est une petite surprise. Peut-être pas tant que ça quand on connaît le talent du coureur mais il s’agit à coup sûr d’une révélation pour le grand public.

Ben O’Connor :

On croyait le podium ou le top 5 du Tour inaccessible pour Ag2r Citroën depuis le départ de Romain Bardet. C’était sans compter sur le Tour stratosphérique de leur recrue néo-zélandaise Ben O’Connor. Sans grosse référence à part une étape du Tour d’Italie le néo-zélandais a remporté une étape dantesque à Tignes, profitant du temps gagné pour se replacer au général avant de défendre avec vaillance sa position. Au final cela donne une 4ème place au général totalement inattendue.

Jonas Vingegaard :

Auteur d’un début de saison très prometteur (victoire d’étape sur le UAE Tour, général + 2 étapes sur la Semaine internationale Coppi et Bartali et surtout 2ème du général du Tour de Pays basque) c’est fort logiquement que le Danois a été sélectionné pour entourer Primoz Roglic lors du Tour de France. Et après l’abandon de son leader on aurait pu penser que le leadership reviendrait à Sep Kuss ou Wout Van Aert. Mais non c’est bien à Jonas Vingegaard qu’est revenu cette responsabilité. Et il l’a assumé de manière remarquable. Seul coureur capable de mettre Pogacar en difficulté, impérial face à la montre et capable de contenir les assauts de Carapaz et de l’armada Ineos, le Norvégien a réalisé un Tour de France de très bonne facture et très surprenant pour s’adjuger une superbe 2ème place à Paris.

Ils ont déçu :

L’équipe INEOS :

Avec Richard Carapaz, Geraint Thomas, Richie Porte et Tao Geoghegan Hart, l’hydre à quatre têtes d’INEOS avait sacrément fière allure (2 Giro et 1 Tour de France à eux quatre notamment). Ces quatre leaders potentiels devaient apporter le danger de toute part et harceler sans arrêt le duo slovène Roglic-Pogacar. Las dès les premiers jours les multiples chutes ont totalement décapité ce quatuor laissant Richard Carapaz seul leader. Un mal pour un bien aurait-on pu se dire tant on sait à quel point les luttes intestines peuvent détruire une équipe de l’intérieur. Mais l’Equatorien n’a ni été capable d’inquiéter Tadej Pogacar ni même de devancer un Jonas Vingegaard pourtant bien moins expérimenté. Et l’équipe INEOS a souvent mal couru, faisant même office d’équipiers pour le maillot jaune au lieu de le mettre en difficulté. Et contrairement à l’année dernière les équipiers n’ont pas été capables d’aller décrocher une victoire d’étape pour sauver quelque peu leur Tour. Quand on est une superpuissance comme INEOS un Tour de France où ne pèse pas sur la course est un échec.

Primoz Roglic :

Décidemment Primoz Roglic n’y arrive pas en France. On se souvient tous de l’incroyable renversement de situation l’année dernière le privant d’un Tour de France qu’on lui croyait pourtant acquis, mais il faut également ajouter à cela un abandon sur le Critérium du Dauphiné 2020 lors de la dernière étape alors qu’il était leader et une chute lors de la dernière étape de Paris-Nice 2021 lui coutant la victoire finale. Son Tour de France 2021 fut un calvaire. Une grosse chute, où il fut le seul à tomber de manière un peu incompréhensible, le handicapa dès la 3ème étape et ruina toute ses chances au général. Décroché dès la première étape de montagne le Slovène a abandonné dès le lendemain. Encore raté pour Primoz Roglic sur le Tour de France. Une malédiction poursuit-elle le Slovène sur les courses françaises ? On dirait bien que oui.

Peter Sagan :

Même si Sam Bennett l’avait empêché de ramener un 8ème maillot vert à Paris l’année dernière, le Slovaque restait évidemment favori pour le remporter cette année. Surtout après un bon Tour d’Italie qui avait rassuré sur son niveau (victoires d’étape et nombreux top 5). Mais Peter Sagan n’a absolument pas existé sur ce Tour de France à cause d’une chute dès la 3ème étape. S’il a réussi à repartir sans fractures et performer honorablement lors des 5ème et 7ème étapes (2 fois 5ème) une blessure au genou le forcera à abandonner au soir de la 11ème étape. La si belle histoire du Slovaque avec le Tour commence à se gripper.

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